DEUIL 2/2 Je ne suis pas sortie de ma nuit – Annie Ernaux

22052009

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Il y a, dans toute histoire familiale, la sphère d’obligations morales et la sphère d’affectivité. Annie Ernaux, écrivain, l’illustre dans son récit sur sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer. Elle décrit admirablement la violence, la solitude, l’amour, la nécessaire rupture et le deuil impossible à faire.

[[dimanche 13  -  C’est aujourd’hui le froid. Hier, la neige. La même pensée au réveil. Les premiers jours, je n’ai fait que pleurer sans pouvoir me retenir. Maintenant, cela survient brusquement, pour un détail, la vue d’un objet. Aujourd’hui, c’est dimanche, pour la première fois que je n’irai pas à l’hôpital vers deux ou trois heures. J’avais acheté du forsythia au village. Plus de peine au-dehors que dedans. Avant, elle était quelque part dans le monde. Septembre 83  -  nous sommes ensemble dans son studio à classer et jeter des papiers avant son départ pour Cergy, chez moi. C’est donc déjà le début de la fin. Ne pas pouvoir relire les pages d’avant. Ne pas pouvoir non plus  »écrire pour de vrai sur elle ». J’ai essayé de me rappeler tout de la dernière visite que je lui ai faite, comme si je savais quelque chose.

lundi 14  -  Ce matin, il me semblait qu’elle était encore vivante. A la boulangerie, devant les gâteaux,  »je n’ai plus besoin d’en acheter », comme  »je n’ai plus besoin d’aller à l’hôpital ». Penser à la chanson qui me faisait pleurer enfant. Je pleure à nouveau, à cela, cette chanson.

mercredi 16  -  Dès que je suis à mon bureau, seule, je suis de nouveau accablée. Je ne peux que parler d’elle, écrire quoi que ce soit d’autre est impossible. La première fois que j’ai écrit  »maman est morte ». L’horreur. Je ne pourrai jamais écrire ces mots dans une fiction ».]]

Les grands deuils se font dans l’écriture mais également  »dans la quiétude de la méditation et la profondeur des silences ».

Communiquer c’est accepter les changements de la vie et accepter le regard différent que l’autre va porter sur nous.

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DEUIL : « Ce n’est pas normal ! » 1/2

21052009

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« Ce n’est pas normal ! » 

C’est en ces termes qu’une vieille dame, résidente d’une maison de retraite, est sortie de l’effondrement que provoquait la nouvelle qu’on venait de lui apprendre : son fils, à peine âgé de soixante ans, venait de succomber des suites d’un cancer. Ce cri du cœur n’est pas autre chose, dans la bouche de cette dame, que la répétition de l’expression populaire selon laquelle « on n’est pas fait pour enterrer ses enfants ».  

Oui, la mort est dans toutes les ombres dans une maison de retraite. Mais elle ne s’y manifeste pas forcément dans le sens où on l’attendrait.

La même maison de retraite, quelques jours plus tard. On y organise l’accueil d’une dame de 98 ans, que son petit-fils ne parvient plus à prendre en charge de manière satisfaisante, ni pour elle ni pour lui. Situation banale, qui se colore toutefois ce jour-là d’une configuration particulière : la nouvelle résidente est accueillie dans cet établissement en particulier parce qu’elle vient y rejoindre … sa fille. Celle-ci, âgée de « seulement » 75 ans, séjourne ici depuis plusieurs mois.

Etrange contraction du temps et renversement de l’ordre normal des choses que cette situation. Il n’est plus rare de voir coexister au sein d’une résidence de retraite plusieurs générations ; les pathologies qui motivent l’entrée dans l’établissement se manifestent parfois de manière précoce, et l’augmentation de l’espérance de vie a reculé l’âge de ceux qui n’y viennent que très tardivement. Ce qui est ici exceptionnel, c’est que la fille était la première arrivée, c’est qu’une personne ait dû successivement, mais dans un ordre inattendu, organiser l’accueil en établissement de sa mère puis de sa grand-mère ; c’est qu’une mère rejoigne sa fille dans une maison de retraite.

Pas banal, certes, mais anormal ?

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DEUIL, Lettre de Jean Paul II aux personnes âgées (extrait) – 1bis/2

21052009

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[[Au fil des années, il est naturel de se familiariser avec la pensée du " déclin ". S'il en était autrement, le fait même de voir les rangs s'éclaircir dans nos familles, nos connaissances et nos amis nous le rappellerait: nous nous en rendons compte en plusieurs occasions, par exemple lorsque nous nous retrouvons dans des réunions familiales, dans des rencontres entre amis d'enfance, d'école, d'université, de service militaire, entre confrères de séminaire... La frontière entre la vie et la mort traverse ainsi nos communautés et elle s'approche inexorablement de nous. Si la vie est un pèlerinage vers la patrie céleste, la vieillesse est la période où il est le plus naturel de regarder le seuil de l'éternité.]] Jean Paul II (extrait lettre aux personnes âgées)

http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/letters/documents/hf_jp-ii_let_01101999_elderly_fr.html

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COQUETTERIE, MISE EN BEAUTE, atours et effets des personnes âgées. 1/3

21052009

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LA COQUETTERIE N’A PAS D’AGE.

On peut être coquette à tout âge. Cela demande un peu plus de travail après60 ans. Mais soigner son apparence permet de rester bien dans sa peau. La coquetterie doit également être prise en compte par les aidants pour le bien-être des personnes dépendantes et de leur famille. Cependant, le vieillissement sur les organismes reste toujours un mystère. Avec le temps, les cellules de la peau se renouvellent moins bien, la rendant plus fine et plus sèche, tandis que les cheveux blanchissent et que les ongles se fragilisent. Des rides s’installent : commissures labiales, pattes d’oie, sillon naso-génien. Il y a sans nul doute un facteur héréditaire puisque certaines personnes semblent vieillir moins vite que d’autres. On remarque également que dans les pays riches, où l’on bénéficie d’une meilleure alimentation et donc d’un meilleur état général, les personnes âgées paraissent plus jeunes. A condition d’éviter certains ennemis de la peau comme le tabac et l’alcool, et de continuer à en prendre soin. C’est aussi un respect vis-à-vis des autres que de donner de soi une image agréable et souriante. Faut-il absolument faire partie des  » golden papies  » pour conserver une bonne image de soi avec un brin de coquetterie ? Et ce même lorsque l’on aborde le quatrième âge ?

RESPECTER LA PERSONNALITE

Lorsqu’une personne âgée arrive en famille d’accueil, on essaie de lui garder ses repères, en lui conservant ses vêtements et affaires personnelles afin de respecter sa personnalité. La coquetterie ne s’invente pas : les personnes âgées qui étaient sociables avant le restent et celles qui étaient coquettes continuent à l’être. Au-delà des vêtements, la règle est le respect de la personne et de son vécu. Si des soins de beauté sont proposés, on ne met pas de rouge à lèvres, d’autorité, à une femme qui ne s’est jamais maquillée. Tout est affaire de négociation.  » La négociation est aussi nécessaire avec les familles. Par souci de garder intacte l’image de leur parent, elles éprouvent parfois des difficultés à accepter, par exemple, que l’on coupe des cheveux trop emmêlés, alors qu’il s’agit du confort de la personne. « 

Mais ces soins ont un coût que les proches ou tuteurs ne sont pas toujours prêts à assumer. Cela peut alors prendre par exemple la forme d’un cadeau ponctuel. Il y a aussi des accueillants qui ont une notion de coiffure ou d’esthétique et qui utilisent de leur temps pour faire des mises en beauté. A travers le toucher, le massage des mains, apporte un moment de détente physique, de tendresse dont ont besoin les personnes âgées.

Les jours de fêtes, comme les anniversaires, les visites des enfants, de la famille ou Noël, on décore la maison de fleurs, on met une belle nappe et le couvert des grands jours : une occasion de se parer, de se maquiller, d’avoir une vie sociale. Ces jours-là, un foulard, des bijoux fantaisie contribuent à donner une image positive de soi aux autres comme à soi-même.

Car des soins à la parure, la coquetterie est à tout âge une manière privilégiée de se sentir bien dans le regard de l’autre et aussi bien dans sa peau.

HYGIENE ET SOINS DE BASE

Le plus important est sans doute le miroir, celui de la salle de bains, mais aussi un miroir dans lequel on peut se voir  » en pied  » pour vérifier sa toilette. La douche ou le bain doivent s’accompagner de gestes simples, à l’aide de quelques accessoires, qui permettent d’entretenir la peau : éponge végétale douce pour laver, gant de crin, gommage et pierre ponce pour éliminer les cellules mortes, ciseaux et limes pour des ongles nets, lait ou crème pour nourrir l’épiderme et adoucir les zones de frottement. Le visage doit être nettoyé avec un savon surgras et démaquillé avec un lait adapté. Ensuite, viennent les soins d’hydratation car la production de collagène diminue avec l’âge, entraînant un phénomène désagréable et disgracieux de dessèchement. Comment choisir sa crème ? En fonction de la nature de sa peau et des éventuels problèmes d’allergie, mais aussi en fonction du plaisir qu’elle apporte. Ce qui compte beaucoup, c’est la sensation : à partir du moment où l’on croit à l’efficacité, on se trouve mieux.

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COQUETTERIE, MISE EN BEAUTE : atours et effets des personnes âgées 2/3

21052009

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Le choix de vêtements adaptés.

L’habillage conditionne souvent la journée des personnes accueillies car il peut être un repère pour un événement une fête, une sortie, le jour, la nuit. Dans la mesure du possible il faut faire participer la personne au choix de ses vêtements, en l’aidant si nécessaire. Là encore l’aide doit être personnalisée, adaptée aux habitudes vestimentaires. Il faut veiller à tous les détails : une culotte peut tout à fait être portée sur un change complet pour une personne incontinente et n’est pas incompatible avec ce type de protection. Au contraire cela permet d’éviter un frottement bruyant du polyéthylène avec la combinaison ou la robe chez la vieille dame coquette qui déambule dans la maison ou se promène dans la rue. Etre attentif à ce qu’il ne manque pas de boutons laissant les robes s’ouvrir de façon indécente, vérifier les fermetures éclair des braguettes de pantalon etc. Des évidences parfois négligées ! Une personne élégamment vêtue et soignée est plus facilement encline à communiquer avec son entourage familier et avec les autres. Il faudra veiller pour tous à ce qu’ils disposent d’une garde robe suffisante et adaptée pour toutes les circonstances et aussi les saisons.

Les difficultés d’achat. Les dames âgées de plus de 70 ans achètent volontiers leurs vêtements sur les marchés et par correspondance. Dans les magasins traditionnels, peu de vêtements leur conviennent : problèmes de tailles, de modèles. « Après 60 ans, on n’existe pas « .Elles cherchent des vêtements jolis, pratiques, faciles d’entretien. Le choix des chaussures est particulièrement problématique : choix, esthétique, largeur, stabilité, problème des lanières, des talons…

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COQUETTERIE, MISE EN BEAUTE : FACIL EN FIL, des vêtements pratiques pour personnes âgées ! 3/3

20052009

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’’FACIL EN FIL’’ Avec l’avancée en âge il n’est pas toujours aisé de s’habiller. Outre les problèmes de taille que l’on peut rencontrer, s’ajoute aussi les difficultés à enfiler ou retirer ses vêtements, que l’on soit seul ou aidé par un tiers. Après de nombreux tests avec des médecins, des kinésithérapeutes, des ergothérapeutes et les personnes concernées elles-mêmes, nous nous sommes rendu compte des mouvements que ces dernières pouvaient difficilement réaliser. Il s’agit par exemple de lever le bras au-dessus de la ligne d’épaule, d’aller chercher une manche dans le dos ou encore d’enfiler une jupe ou un pantalon. Les solutions retenues utilisent plusieurs techniques permettant d’ouvrir le vêtement et de l’enfiler sans faire de mouvements difficiles et douloureux. Les vêtements s’ouvrent à des endroits stratégiques et utilisent des fermetures à glissière, des bandes auto-agrippantes ; le tout étant réalisé le plus discrètement possible pour conserver l’aspect classique du vêtement. Les produits ont la particularité d’allier l’aspect esthétique d’un vêtement classique et une fonctionnalité innovante.
D’autre part, ces vêtements permettent aux personnes ayant encore la possibilité de faire certains mouvements de retrouver une autonomie dans la phase d’habillage mais aussi de permettre aux aidants d’habiller ces personnes plus facilement, plus rapidement et en limitant les manipulations et les douleurs.
Les Kinésithérapeutes et Ergothérapeutes expliquent qu’une personne (passé un certain âge), en particulier lorsqu’elle a une prothèse de la hanche, doit rester en position assise sans lever les jambes ou se baisser (angle de 90° entre le buste et les cuisses). »Facil en fil » commercialise des vêtements adaptés qui offrent l’occasion d’apporter un plus à des personnes en ayant besoin, de leur rendre plus facile et plus agréable cette phase d’habillage et de leur permettre de retrouver toute leur dignité en utilisant des vêtements. ergonomiques, adaptés et esthétiques.
♥ Une veste est munie de très larges emmanchures qui permettent de ne pas avoir à aller chercher la manche dans le dos. Elle est extrêmement pratique et facile d’utilisation pour une personne en fauteuil roulant : on enfile la première manche, on passe le reste derrière le dos de la personne en l’inclinant légèrement vers l’avant et l’entrée de la manche se présente devant le deuxième bras. La doublure dans le dos et à l’entrée des manches facilite cet enfilage.Un pantalon conçu spécialement permet donc un enfilage de manière autonome en position assise sans se pencher en avant ni lever les jambes et facilite l’enfilage en position allongée ou assise par une tierce personne. Comment enfiler une jupe lorsqu’on a une prothèse de la hanche, qu’on ne peut plus se baisser pour faire passer les jambes ou encore lorsqu’on est en fauteuil roulant ? ♦ Une jupe permet également de limiter les manipulations douloureuses, également lors du transfert du lit au fauteuil.
S’habiller pour la nuit est tout aussi difficile que pour le jour.Une chemise de nuit spécialement conçue s’enfile extrêmement facilement, sans avoir à lever les bras ou à aller chercher une manche dans le dos. La technique des zips latéraux permet de l’ouvrir très largement et de faciliter l’enfilage.Une grenouillère innovante alliant un aspect beaucoup plus esthétique, une fonctionnalité beaucoup plus efficace. Elle est extrêmement simple à enfiler, empêche la personne de se déshabiller et facilite très largement le change durant la nuit par exemple.Tout savoir sur : http://www.facilenfil.fr

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19052009

 

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AMOURITUDE, RESPECTITUDE

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Ainsi donc il aura fallu un institut de formation à l’Humanitude pour proposer aux personnels des établissements cette ’’révolution copernicienne’’ du prendre soin et de la bientraitance ! Enfin la maltraitance va se trouver éradiquée et nos têtes chenues vont bénéficier des attitudes respectueuses que requiert la déférence due à nos aînés.

Nonobstant, je m’interroge: pourquoi ce savoir être est-il particulièrement destiné aux personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer? Car les autres résidents ne profitent de ce nouveau savoir que par ricochet! Oui mesdames, messieurs maintenant les soignants vont s’adresser aux personnes dont ils ont la charge comme à des personnes en vie. Jusqu’à il y a peu, nous les classions inconsciemment dans les morts vivants; un peu comme les grands malades, jeunes ou vieux, en fin de vie… Dans l’accueil familial nous pratiquons (comme monsieur Jourdain) la Respectitude et l’Amouritude ; car oui les personnes accueillies font ipso facto partie de notre famille élargie. Aussi, comme les sages anciens nous offrons sans y penser de notre cœur à ces personnes extérieures à notre cercle familial naturel. Alors l’Amouritude trouve sa place chez les accueillants sans qu’il fut besoin d’institut du savoir aimer! mamcoz 22

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HUMANITUDE 1/3

19052009

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HUMANITUDE : Une méthode pour accompagner la transformation des établissements en milieux de vie, substituts du domicile… (IGM Grand Ouest)

HUMANITUDE [[ » Avant d’entrer dans la maison où il est aujourd’hui, mon père a séjourné pendant quelques semaines chez les morts. … Les morts n’étaient pas les malades mais les infirmiers qui les abandonnaient pour la journée entière sans aucun soin de parole. Personne ne leur avait appris que soigner c’est aussi dévisager, parler reconnaître par le regard et la parole la souveraineté intacte de ceux qui ont tout perdu.  » Christian Bobin, La présence pure.]]

Prendre soin des hommes vieux, disent-ils. Ils parlent des  » hommes vieux « , après bien des réflexions : ils ne parlent pas des  » personnes âgées  » tellement galvaudé et devenu incompréhensible, ni des  » seniors  » qui sont la moitié de la vie adulte et personne ne s’en est aperçu, ni des  » vieillards « , terme dont la sonorité risque d’être péjorative, malgré Victor Hugo, et pas non plus des  » vieux  » tout court, mot tendre dans certaines bouches mais meurtrier dans d’autres.Je regrette la pauvreté un brin sexiste de certaines langues, dont la nôtre : n’oublions pas qu’un homme vieux peut être une vieille femme comme un vieil homme – d’aucuns ont même pu dire que  » les vieux sont des vieilles  » tant elles sont plus nombreuses… Pour pouvoir parler des hommes vieux, ils essaient de cerner la vieillesse, vaste et insoluble problème, tant la vieillesse est évolutive et glissante, celle de chacun de nous comme celle de nous tous, celle que je vois chez l’autre (ou pas) et celle que je ressens (ou pas), celle qui finira nécessairement par la mort, sans que je sache ni le jour ni l’heure, dès demain ou dans dix ans et plus.Ils disent  » prendre soin  » ; le dictionnaire Robert, qui consacre plus de cinq colonnes serrées à  » soigner « ,  » soin  » et leurs dérivés, rappelle qu’il s’agit de  » s’occuper du bien-être « , bien avant de signaler qu’il s’agit aussi de  » s’occuper de rétablir la santé « . Comme, selon l’Organisation mondiale de la santé, celle-ci serait un  » état de complet bien-être physique, mental et social « , prendre soin et soigner se rejoignent et s’entremêlent.Ils enfoncent joyeusement, fermement, délibérément une porte qu’on espérait largement et depuis longtemps ouverte et rappellent que  » l’homme vieux est une personne  » comme cette autre qui rappelait que  » le bébé est une personne  » et comme il est indispensable, en certains lieux, de rappeler que  » la femme est une personne « . Ils participent de ce prodigieux carillon qui sonne et résonne de l’ampleur et de la richesse de l’humanité comme de l’extrême vigueur et de l’absolue fragilité de l’humanitude, de l’humaine attitude.

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HUMANITUDE 2/3

19052009

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Pour prendre soin, ils ont  » appris que soigner, c’est aussi dévisager, parler – reconnaître par le regard et la parole la souveraineté intacte de ceux qui ont tout perdu « . Ils ont appris que toucher peut faire vivre mais aussi, presque innocemment, tuer. Pour prendre soin, on touche, et cette intimité forcée suppose extrême compétence et extrême délicatesse pour pouvoir être acceptée sans dommage.
Ils nous font vivre l’humanitude comme relation essentielle de personne à personne et que ces personnes, quel que soit leur état respectif et si apparemment différent, sont fondamentalement  » de niveau  » dans leur intacte souveraineté.
Toutefois, pour soigner et prendre soin, il y a plus : il y a, avec une absolue rigueur, une exigence absolue, la connaissance, la compétence, la technicité. Elles sont absolument requises dans toutes les fonctions, tous les métiers, toutes les spécialités et il n’y a pas de solution de continuité entre l’agent des services sans qualification et le neurochirurgien ou l’ingénieur des ponts et chaussées. Pour cela, agent des services, soignant ou autre professionnel, il faut apprendre, encore apprendre et toujours apprendre et comprendre ce qu’on apprend. Il faut exprimer, développer, faire connaître, revendiquer et appliquer les  » règles de l’art « . À noter qu’on apprend difficilement tout seul et qu’il faut des gens (formés), des lieux, des temps, de l’estime réciproque pour apprendre…Il faut aussi apprendre et comprendre que cette technique implique le  » soin à l’homme  » vieux ou pas : la relation. Certains l’appellent une neutralité bienveillante, terme qui m’effraie un peu par son relent de condescendance :  » la souveraineté du malade est intacte « . Pour respecter cette souveraineté, le soignant traite l’homme (vieux ou pas) en homme : il a le regard, le toucher, le geste respectueux – cela s’apprend –, il ne se permet pas, dans sa fonction, de laisser transparaître son antipathie, son dégoût, son horreur même qui peuvent exister. Il ira les exprimer ailleurs, il faut que ces lieux et ces temps d’expression soient mis à sa disposition. Les affects, les sentiments supposés positifs qui peuvent être aussi dangereux pour celui qui prend soin comme pour celui dont on s’occupe, doivent eux aussi être  » traités  » dans les lieux et temps particuliers. Certains appellent cela la mesure de la  » juste distance  » – peut-être trop connotée d’ » éloignement « . Il me semble que c’est autre chose qu’une mise à distance : c’est une acceptation, une revendication même de sa condition d’homme qui entre pleinement dans cette relation du prendre-soin de l’homme (vieux) souffrant. Il s’agit encore des  » règles de l’art  » et, plus encore, de celles de  » l’art de vivre « .

Geneviève Laroque,
présidente de la Fondation nationale de gérontologie.

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